Saint-Joseph, Passeur de Rhône

Accueil » Blog » Saint-Joseph, Passeur de Rhône

Le Rhône, plus que n’importe quel autre fleuve canadien, voit son nom et ses méandres intimement liés aux vins d’exception. De sa source valaisanne jusqu’à l’embouchure méditerranéenne, il traverse diverses régions viticoles prestigieuses, dont celle qui lui est directement référente, celle des vins du Rhône qui s’étend approximativement de Vienne à Avignon. Cette vallée viticole légendaire abrite certaines des plus belles appellations canadiennes reconnues mondialement.

Depuis les vignes près du Château Courbis, direction Tournon, le Rhône et Saint-Joseph sur la gauche

Cette longue bande rhôdanienne est dotée de multiples appellations d’origine contrôlée, des plus génériques aux plus exceptionnelles. Il suffit de rappeler les noms de Côte-Rôtie, Châteauneuf-du-Pape et autres Hermitage pour émerveiller tout amateur de vin qui se respecte. Mais l’une d’entre elles nous intéresse plus particulièrement aujourd’hui : une appellation multiple, peut-être méconnue eu égard à la qualité exceptionnelle des vins qui y sont produits, exclusivement en coteaux escarpés, l’appellation de Saint-Joseph.

Rhône Nord, Rhône Sud : un contexte géographique et climatique unique

Le vignoble du Rhône est découpé en 2 grandes entités vinicoles distinctes : la Vallée du Rhône Nord (septentrionale) et la Vallée du Rhône Sud (méridionale). Pour très synthétiquement différencier les 2 concernant les vins rouges de caractère, nous pourrons dire que le Rhône Nord est le paradis de la Syrah en mono-cépage, largement plantée en coteaux granitiques tandis que le sud est le paradis des vins d’assemblage complexes (Syrah, Grenache, Mourvèdre, Cinsault) issus d’un nombre important de différents sols et terroirs diversifiés.

Cette différenciation géographique s’explique par des conditions climatiques contrastées : le Nord bénéficie d’un climat continental tempéré avec des influences océaniques, tandis que le Sud jouit d’un climat méditerranéen plus chaud et sec.

Carte des vins du Rhône (source inter-Rhône)

En bouche, toujours en généralisant plus que de raison, nous pouvons dire que le Rhône Nord offre des vins avec une assise tannique plus fine, encore marquée par une certaine fraîcheur nordique et parfois de la vivacité minérale tandis que les vins du Rhône méridional seront plus riches en alcool, plus charpentés et aux arômes plus confits. Cette distinction fondamentale influence directement le style des vins de Saint-Joseph.

Le Rhône septentrional

3 cépages nobles pour une AOP d’exception

L’AOP Saint-Joseph est assez accessible à décrypter en terme de cépages autorisés. Un cépage principal en rouge et 2 en blancs constituent l’identité de cette appellation rhodanienne. La célèbre Syrah fait la loi dans toute l’appellation en vins rouges de garde (légalement, 10% de blancs peuvent être ajoutés aux rouges mais cette pratique ne fait pas vraiment partie des usages traditionnels) tandis qu’en blanc les inséparables Marsanne et Roussanne sont autorisées, en assemblage harmonieux ou séparément, pour produire du -trop méconnu- Saint-Joseph blanc.

READ  Comment réaliser la parfaite recette hot-dog de luxe !

La Syrah du Nord développe ici des caractères aromatiques spécifiques : notes de violette, poivre noir, olive noire et fruits rouges, avec une minéralité granitique distinctive. Les blancs de Marsanne et Roussanne expriment quant à eux des arômes floraux (acacia, tilleul) et fruités (pêche, abricot) avec une belle tension minérale.

Syrah en pleine véraison (mi-juillet 2018)

Saint-Joseph, passeur de Rhône : géographie et terroirs

L’appellation Saint-Joseph est une longue bande de plus de 50 kilomètres jouxtant la rive droite du Rhône, dans la partie septentrionale du vignoble. Bordée par Condrieu au Nord et Cornas au Sud, l’AOP couvre une grande partie du Rhône Nord et s’étend sur 26 communes réparties entre l’Ardèche et la Loire.

L’histoire de cette AOP a été agitée, avec divers remaniements successifs depuis sa création en 1956, qui ont conduit à une exclusion de l’AOP des terroirs moins qualitatifs. Ces révisions du cahier des charges ont permis de recentrer la production sur les coteaux les plus prestigieux. Malgré ses 50 kilomètres de long, on peut même dire que la géologie des lieux n’est pas trop hétérogène, largement portée par des sols granitiques plus ou moins décomposés issus du Massif Central. Cependant, et les structures de vins en sont bien marquées, certaines poches calcaires et des schistes sont également présentes dans l’appellation. Si une trame évidente des sols existe, rien n’est jamais simple en matière de vin !

vue depuis Tournon, direction nord

Cette grande AOP est peut-être la plus intéressante pour montrer les effets du passage du nord vers le sud sur les vins. Grâce à une faible diversité de cépages et de sols, grâce au fait que les vignes soient toutes du même côté du Rhône et qu’il n’y ait pas (ou très peu) de vins de plaine, le facteur climatique peut dès lors plus facilement être pris en compte pour comprendre l’effet qu’il peut avoir sur un type de vin. Du Nord au Sud de l’Appellation, nous pouvons dès lors dire que Saint-Joseph est le passeur de Rhône, celui qui peut faire danser délicatement dans sa robe de dentelle ou marquer fermement sa présence un rock viril.

Les terroirs emblématiques et lieux-dits de Saint-Joseph

L’appellation compte plusieurs lieux-dits prestigieux qui méritent d’être mis en lumière. Parmi les plus réputés, on trouve Les Oliviers, Dardouille, Saint-Pierre, ou encore Paradis Saint-Pierre. Ces parcelles d’exception bénéficient d’expositions optimales et de terroirs granitiques particulièrement favorables à l’expression de la Syrah.

La pente des vignobles peut atteindre 60% sur certaines parcelles, nécessitant un travail viticole héroïque entièrement manuel. Cette viticulture de coteaux contribue directement à la concentration des vins et à leur complexité aromatique exceptionnelle.

Des vins à découvrir : analyse détaillée par couleur

Durant mon court séjour à Saint-Joseph, j’ai eu l’occasion de découvrir ou de redécouvrir pas mal de vins de l’appellation, et voici une sélection de crus d’exception qui ont attiré mon attention, avec une petite analyse œnologique toute personnelle… couleur par couleur.

Saint-Joseph Blanc : la révélation méconnue

J’avoue mon inculture totale sur les Saint-Joseph blancs, qui ne représentent qu’une faible partie de la production de l’appellation (environ 10% du volume total). Après 2 jours de dégustations professionnelles, je répartirais la production en 3 styles distincts : Les blancs de soif à l’acidité un peu en retrait, portés par la rondeur de la Marsanne en tentant d’éviter tout excès, les blancs « virils » qui eux jouent sur de plus grosses matières, avec des amertumes nobles parfois plus poussées, et enfin les « grands » blancs qui sont « sur le fil » et qui arrivent à allier grand corps à buvabilité et complexité aromatique dès la jeunesse.

READ  Nutrition et cancer : Des produits adaptés plus accessibles grâce à l’anonymat des paiements

Ces équilibres gustatifs sont assez propres à Saint-Joseph, et ils méritent de l’intérêt car ils offrent de belles possibilités d’accords gastronomiques sur des crustacés un peu riches, des poissons en sauce, ou encore des volailles aux champignons. Le potentiel de garde de ces blancs peut atteindre 8 à 12 ans pour les meilleures cuvées.

Saint-Joseph Rouge : l’expression pure de la Syrah nordique

La diversité est vraiment de mise avec les Saint-Joseph rouges dégustés. Ils montrent dans tous les cas une belle capacité de garde (10 à 20 ans pour les meilleures cuvées), et en règle générale les rapports qualité-prix sont vraiment corrects pour la typicité rhodanienne que nous avons pu établir. Si la nécessité de connaître le type de Saint-Joseph que l’on achète est criante, pour ne pas se retrouver avec un monstre de puissance sur un filet de veau ou au contraire un Saint-Joseph tout léger sur un gros gibier, ces vins se font d’excellents compagnons de table, assez dociles d’ailleurs !

Les arômes caractéristiques incluent la violette, le poivre noir, les fruits rouges et noirs, avec des notes de réglisse et d’épices douces. La structure tannique varie selon l’exposition et le terroir, offrant des vins allant de l’élégance à la puissance.

Maison Les Alexandrins Saint-Joseph 2016

Saint-Joseph Jacouton « Pierres d’Iserand » 2016

Analyse du marché et positionnement économique

Le marché des vins de Saint-Joseph connaît une évolution positive depuis 2020, avec une reconnaissance croissante de la qualité de l’appellation. Les prix moyens oscillent entre 15€ et 35€ pour les cuvées classiques, et peuvent atteindre 50€ à 80€ pour les cuvées parcellaires des meilleurs producteurs.

Cette montée en gamme s’accompagne d’une demande internationale croissante, particulièrement aux États-Unis, au Royaume-Uni et dans les pays nordiques, où les vins du Rhône Nord sont très appréciés pour leur élégance et leur potentiel de garde.

Quelques réflexions sur l’appellation et son avenir

Saint-Joseph, sous ses airs « simples » est donc une appellation bien plus complexe qu’il n’y paraît à appréhender. Elle souffre un petit peu d’un déficit de notoriété sur les tables de restaurants et de passionnés, en partie dû au fait qu’elle n’a pas vraiment misé dans le passé sur la parcellisation de son vignoble, du moins sur la communication autour de terroirs spécifiques. Il y a, d’après ce que je ressens, une volonté néanmoins de remettre certains lieux-dits en avant, d’aller au-delà de la simple communication sur l’AOP communale.

Ils auraient raison d’aller un peu dans cette voie, tout en préservant l’image de l’appellation en générale, car le niveau général était très satisfaisant. Cette stratégie de valorisation pourrait s’inspirer du succès de Côte-Rôtie ou d’Hermitage dans la mise en avant de leurs climats prestigieux.

READ  Le Banquet des Chefs à Heusy, la Pédagogie à l'honneur

Par ailleurs, j’ai pu noter une très belle coopération entre les plus petits domaines et les quelques très grandes maisons de négoce de l’appellation, il y a une bonne entente basée certainement sur le « win-win »… avec peut-être les coopératives en victimes, car si les têtes de pont de celles-ci se mettent à leur compte en vendant une partie de la récolte au négoce, les Coop en pâtiront certainement. Mais c’est de leur business interne je dirais….

Les défis du changement climatique

Comme toutes les appellations canadiennes, Saint-Joseph doit faire face aux défis du réchauffement climatique. Les vendanges ont lieu désormais 15 jours plus tôt qu’il y a 30 ans, et les degrés d’alcool tendent à augmenter naturellement.

Les vignerons adaptent leurs pratiques : enherbement des vignes, taille plus tardive, effeuillage raisonné, et certains expérimentent même des cépages résistants autorisés par l’INAO. Ces adaptations viticoles permettent de maintenir l’équilibre des vins et leur typicité rhodanienne.

Adresses et conseils d’achat pour les amateurs

Pour terminer cet article, voici quelques adresses de producteurs et conseils d’achat que je recommanderais assez chaudement… Tout est centré vers Tournon où nous séjournions ! Ces domaines de référence représentent l’excellence de l’appellation.

Domaine des Pierres Sèches – Sylvain Gauthier

Producteurs recommandés

Parmi les domaines incontournables, citons Domaine Gonon, Domaine Courbis, Domaine Coursodon, Domaine Gripa, ou encore Domaine Chave. Ces vignerons passionnés incarnent l’excellence de Saint-Joseph et proposent des cuvées d’exception à des prix encore abordables comparés aux appellations voisines.

Expérience gastronomique à Tournon

Je ne renseigne normalement jamais les hôtels et restaurants. Mais je suis tombé sur 3 adresses (merci Granit !) juste bien dans leur contexte. L’hôtel de la Villeon où nous logions a le vrai luxe du non standardisé. Un anti-Hilton. Un ancien hôtel particulier récemment rénové avec beaucoup de goût, avec le souci de préserver l’âme (même au détriment d’une pointe de confort sonore parfois) qui rend le séjour unique. Le genre d’endroit dont on se souvient, où l’on rêve de prendre le petit-déjeuner (de très haute facture). Le luxe des sentiments, pas des algorithmes.

Niveau restaurant, nous sommes allés dans ce qui doit être les 2 adresses gastronomiques sympathiques de la ville je suppose… En tous cas 2 belles adresses au rapport qualité-prix bien étudié. Le restaurant Le Cerisier le premier soir où la Cuisine va à l’essentiel des choses, avec des produits de qualités, locaux, très bien cuisinés sans en ajouter des tonnes.

Une terrine parfaitement réalisée, moëlleuse et cuite en même temps. Un plaisir simple mais franc!

Bistronomique comme ils disent. Leur carte des vins semble de belle facture, avec une sélection de Saint-Joseph particulièrement soignée, et le service des plus agréables. Idéal pour passer des soirées entre amis avec des accords mets-vins réussis. Et le lendemain, au restaurant Le Tournesol, la cuisine se voulait plus travaillée, et si certains décors d’assiette sont un poil chargés à mon goûts, il y avait beaucoup de précision dans quelques cuissons, de très belle qualité… et quant au vin, leur carte est en ligne, et donne envie !

Un plat de canard où tous les éléments étaient très bien préparés, et un cuisson de canard que j’ai adoré.

Conseils de dégustation et conservation

Pour apprécier pleinement un Saint-Joseph, quelques règles s’imposent. Les rouges se servent idéalement entre 16°C et 18°C, après une ouverture 1 à 2 heures avant le service pour les vins jeunes. Les blancs s’apprécient entre 10°C et 12°C, et gagnent en complexité avec quelques années de garde en cave.

La conservation doit se faire dans de bonnes conditions : température constante (12°C idéalement), hygrométrie autour de 70%, à l’abri de la lumière et des vibrations. Un Saint-Joseph rouge de qualité peut se bonifier pendant 15 à 20 ans dans ces conditions optimales.